Prise en charge

Une professionnelle pratiquant la gynécologie m’a dit : ‘Oui bon, d’accord, vous avez une copine, mais si vous avez des rapports hétérosexuels après pensez à utiliser un préservatif’ avec un ton qui laissait sous-entendre qu’avoir une copine ne pouvait être qu’une passade… et elle ne m’a rien dit concernant des IST transmissibles entre femmes ou comment les éviter”

– Témoignage tiré de l’enquête belge Go To Gyneco ! de SIDA’SOS et Tels Quels 2018 –

L'hétéronormativité

L’ « hétérocentrisme» ou l’ « hétéronormativité » est la croyance qui veut que l’hétérosexualité soit la norme et qui présume que tout le monde est hétérosexuelle.
Cette croyance dénote la manière dont la vie sociale de la culture occidentale est construite sur la supposition que tout le monde est hétérosexuelle, supposant que la norme de la famille nucléaire hétérosexuelle est naturelle et universelle, et, par là, rendant l’homosexualité socialement invisible et de seconde zone.
Cette croyance est très répandue dans la société, y compris dans le milieu médical. Elle influence la manière de mener les entretiens et peut mettre les lesbiennes, bies & co dans des situations très inconfortables .

Bien que la situation sociale des homosexuelles se soit améliorée, la santé et la fréquentation des services de soins sont toujours affectées par ces effets de marginalisation.

Tout ceci mène donc nombre de soignantes à partir du principe que leurs patientes sont hétérosexuelles… Elles doivent donc choisir de faire leur coming out ou de rester dans cette présomption d’hétérosexualité.

La question du coming out

Même si les professionnelles souhaitent avoir accès à ces informations, peu d’entre elles posent spontanément la question de l’orientation sexuelle à leurs patientes. Ce sont les femmes qui décident ou non de donner ces informations aux professionnelles de santé. Ce choix se présentera à chaque fois que la patiente se retrouvera confrontée à une professionnelle de santé à qui elle n’a pas encore fait la révélation. Les raisons pour lesquelles les lesbiennes ne font pas leur coming out auprès de leur généraliste, sage-femme ou gynécologue sont :

  • la peur d’une réaction négative et d’une moins bonne prise en charge
  • le fait que l’occasion de faire son coming out ne se présente pas
  • la patiente est célibataire ou ne perçoit pas l’utilité de cette information et juge secondaire  l’importance de la donner.

Une gynéco qui ne connaissait rien aux pratiques sexuelles des lesbiennes et qui était étonnée quand je lui expliquais (donc c’était gênant pour moi de lui expliquer ‘ce qu’on fait’) et donc les conseils n’étaient du coup pas très pertinents. Des gynécos de bonne volonté et gentilles mais qui ne connaissaient pas bien les risques dans,la sexualité entre femmes et donc sans conseils pertinents sur les moyens de protections”

– Témoignage tiré de l’enquête belge Go To Gyneco ! de SIDA’SOS et Tels Quels 2018 –

Les femmes qui ont des relations sexuelles/amoureuses avec des femmes ne font pas non plus leur coming out si elles ont un doute quant à la réaction de la professionnelle de santé, ou si elles supposent que la professionnelle sera trop focalisée sur leur orientation sexuelle et pas sur leur santé. Elles savent que la qualité de leur prise en charge peut dépendre de la perception personnelle de la professionnelle face à l’homosexualité.

Tout le monde ne souhaite pas forcément parler de sa vie privée à sa généraliste, sage-femme ou gynécologue, mais beaucoup seraient prêtes à le faire si l’occasion se présentait et si les conditions étaient favorables. Par exemple, si elles pensent que cette révélation n’aura pas d’impact négatif sur la prise en charge, si cette révélation est reçue avec respect et dans le secret médical. En montrant à travers leur comportement leur capacité à envisager que leurs patientes ne sont pas automatiquement hétérosexuelles, les professionnelles permettent aux lesbiennes, bies & co de se sentir en sécurité pour parler de leurs réalités et ainsi accéder à des soins de santé adaptés.

Le coming out entraîne une hausse de qualité des soins  !